Attirés par la beauté de nos pierres locales, nous nous baladions en prenant des photos. J’ai vu la maison par hasard en hiver à travers les arbres au milieu desquels elle était cachée et qu’on n’avait jamais vu auparavant, dans cet endroit isolé qui nous plaisait. Je me suis approché pour visiter et il ne m’a pas fallu dix secondes pour tomber amoureux : elle m’est apparue pratiquement telle qu’elle est aujourd’hui. C’était au début de l’année 2004.

 

 

Après une rapide enquête, une armée de difficultés s’est dressée devant nous. En vrac, impossibilité de demander un permis de construire, propriétaire agriculteur refusant de vendre le moindre mètre carré, pas de chemin d’accès, pas d’installation électrique…

 

La passion était là et patiemment, nous les avons toutes surmontées. La bonne volonté de la plupart de nos interlocuteurs y a été pour beaucoup. Notre permis de construire a été déposé tambour-battant immédiatement après en avoir reçu l’autorisation ainsi que la demande d’assainissement.

 

Le hasard nous a fait croiser la route d’artisans également passionnés par leur métier qui ont su nous conseiller et nous satisfaire par la qualité de leur prestation.

 

A ce moment la finalité de notre projet était assez floue : nous voulions « sauver » cette maison ou du moins, ce qu’il en restait.

 

 

Chaque problème a d’abord été étudié entre nous deux pour chercher la meilleure solution et la moins risquée pour nous et pour l’édifice. Lorsque nous ne la trouvions pas, nous allions voir le spécialiste approprié.

 

Nous avons pris de nombreuses photos au fur et à mesure de l’avancement du projet.

 

  • 2004 : découverte de la maison et dépôt de la demande de changement d’affectation du bâtiment           (elle était considérée comme un tas de cailloux au milieu d’un pré).

  • 2005 : relance de la demande.

  • 2006 : acceptation de celle-ci, échange des deux hectares de terrain avec le propriétaire, dépôt des permis de construire et d’assainissement.

  • 2007 : achat de la maison, abattage des arbres, nettoyages des abords immédiats (ferrailles, verres cassés, souches, pierres…, déblai de l’intérieur, création du chemin d’accès pour véhicule lourd, enfouissement d’un câble électrique de forte puissance et de deux gaines téléphoniques.

         2008 : réfection des joints à la chaux du mur de la porte plein  cintre, reconstruction d’un mur du local technique, mise en place d’un plancher béton au premier étage, rénovation et protection du haut des murs, pose d’un entourage en pierre pour une porte intérieure et une fenêtre avec des moyens rudimentaires fabriqués par mes soins et trouvés sur E-BAY.

 

2009 : remplacement d’un mur avec l’encadrement en pierre de la porte d’entrée, remplacement de la petite porte de la façade ouest par une fenêtre de belle dimension et modification d’une porte plein cintre au lieu des deux cotés verticaux et enfin…LE TOIT ! Jusque là, nous avions réalisé l’ensemble des travaux nous-mêmes. Le charpentier est notre premier intervenant extérieur. Il nous prête son « merlo » pour faire les arasées. Je conduis et lydie monte dans le godet avec le mortier et les pierres.

 

 

2010 : notre projet est devenu une vraie maison. Ouverture de la porte et du « passe-plat » cuisine- salon par le charpentier. Crépis grossier intérieur des murs à isoler, réfection des joints du mur des façades sud et ouest, nettoyage à la sableuse par nos soins des murs apparents intérieurs.

 

 

2011 : réfection des joints à la chaux des façades est et nord ainsi qu’une partie des murs intérieurs. Première visite du géothermiste pour les réservations sous béton. « Hérissonnage » (32t de concassés rentrées et étalées à la brouette par Lydie) et béton de propreté sur tout le rez-de-chaussée également par nous-mêmes.

 

 

2012 : fin de ravalement des murs intérieurs, mise en place des gaines électriques par l’électricien, tuyaux d’eau par le plombier. Nous fabriquons la fenêtre de briques de verre de la salle d’eau du rez-de-chaussée, commençons l’isolation des murs, la construction du mur de fuste, la mise en place de poutres d’origine utiles et décoratives.

 

Première visite de Laura et Marie Laurence des Gîtes de France.

 

 

2013 : La machine s’emballe (et les finances s’affolent). Nous savons à présent que nous construisons un gîte. Nous sommes saisis d’une frénésie de travail : les murs s’isolent de plus en plus vite et de plus en plus haut, les cloisons de briques de verre, de dosses, de Placoplatre prennent forme. Le mur de fustes grandit (il faut les faire sécher, les façonner, les transporter et les mettre en place). Deuxième intervention du géothermiste qui pose l’isolation des planchers du RDC et premier étage, les tuyaux chauffants puis la chape liquide. Le menuisier pose portes et fenêtres en PVC. Le TULIKIVI et les meubles de cuisine fabriqués et montés par les artisans respectifs.

 

 

2014 : nous ne le savons pas encore mais nos premiers locataires arrivent à Noël (…).

 

Fin du mur de fuste et de la chambre sapin, le second étage qui, jusque-là avait été laissé de côté, occupe toute notre attention. Pendant ce temps, le carreleur, le menuisier, l’électricien, le ferronnier et le géothermiste se croisent dans la maison. Il faut avancer, la pression monte et les finances baissent.

 

Enfin, c’est le tour des meubles, de la déco, vaisselle, rideaux, literie… Deuxième visite de Laura avec ses conseils avisés. L’électricité fonctionne, la plomberie et l’aspiration centralisée également. Le chauffage au sol, une tuerie d’efficacité gomme complètement les ponts thermiques.

 

Après une semaine de parution seulement, « LEBONCOIN » nous a fait trouver nos premiers locataires pour Noël et nouvel an.

 

 

2015 : Installation de la LIVEBOX et raccordement des prises RJ45, achat du mobilier extérieur, fabrication de la rampe extérieure pour un fauteuil roulant, d’un préau sur la façade est, du mur de soutènement du talus et arrangement des abords.

 

Création du site http://chenedebout.jimdo.com par moi-même, agrément (5 étoiles) et labellisation (4 épis) par les « Gîtes de France ».

 

 

Le projet nous a couté beaucoup d’argent, nous a apporté énormément de plaisir et  de satisfactions. La ruine est sauvée, c’était notre objectif initial. Nous ne remercierons jamais assez ceux et celles qui nous y ont aidé ; les « Gîtes de France » en font partie.

 

 

 

C’est ainsi que commence une nouvelle aventure, la seconde partie du projet. Nous la connaissons mieux que la première car nous sommes propriétaires d’un gîte depuis 2007 et depuis tout ce temps nous avons fait de riches expériences.

 

Cette maison, c’est une partie de nous et nous pensons que plus elle sera belle et plus les gens qui vont venir, y seront heureux. Les temps de ménage, de changement des lits, des petites inspections ne sont pas une corvée car elles nous font rappeler les merveilleux souvenirs que nous avons passé la truelle à la main. Parfois, il faut aller vite et faire beaucoup en peu de temps car les premiers sont partis depuis peu et les suivants arrivent bientôt. Donc pas le temps de rêvasser, il faut que tout soit parfait, quatre épis obligent !

 

Effectivement, nos hôtes apprécient, du moins ils nous le disent. Mais à l’instar de notre premier meublé de tourisme, nous leur demandons de nous remplir une « fiche de critiques » avec des rubriques de ce qu’ils ont moyennement ou pas apprécié et leurs suggestions. Depuis un an, ces critiques :

 

  • nous ont fait installer des barrières en haut de chaque escalier,

  • acheter une théière, un home cinéma,

  • améliorer le double trait d’union (rampe des deux marches),

  • retirer les savonnettes pour les remplacer par des flacons « pousse mousse » plus hygiénique,

  • retirer tous les aliments non périssables laissés par les locataires précédents,

  • faire très attention aux résidus divers dans les meubles de cuisine (farine, sucre, pelures d’oignons…),

  • mise à disposition d’une trousse de premiers secours,

  • mise en place de petites poubelles dans chaque salle d’eau…

    Evidemment, nous ne sommes pas des machines et nous préférons les compliments plutôt que de longs silences désapprobateurs ou pire encore.

    Nous proposons depuis peu, un accueil « maison » : nous les questionnons discrètement sur leurs goûts, leurs attentes. Nous avons la chance d’avoir un maraîcher et une ferme bio parmi nos voisins proches et  à quelques kilomètres, une distillerie artisanale qui vend aussi des confitures et des sirops maison. Nous connaissons une boucherie charcuterie de très bonne qualité. Tout pour composer un panier gourmand (de bienvenue) à faire baver Gargantua. Nous pouvons également leur proposer un repas « traiteur » complet et composé de spécialités de Lydie pour 10 à 15 euros par personne livré sur place à l’heure du repas. Nous étudions également une option future qui s’appellera « frigo rempli » et qui nous fera acheter une liste de produits alimentaires que nous rangerons dans le réfrigérateur avant l’arrivée des locataires. Pour Noël, nous mettons en place un sapin de 3 mètres de haut, nécessitant huit heures de mise en œuvre, décoré de rouge et d’or avec pas moins de 36 mètres de guirlandes électriques.

 

 

Il se peut qu’un certain nombre de vacanciers aient passé un agréable séjour dans notre maison et souhaitent y revenir quelques mois ou quelques années après leur départ. Nous avons déjà fait l’expérience dans notre premier meublé : il n’y a rien de plus désagréable que des gens vous rappellent être déjà venus et que l’on n’ait aucun souvenir d’eux. C’est pourquoi, dès qu’une famille quitte le meublé, on écrit un paragraphe plus ou moins long dans notre « historique locataires ». Il nous permet notamment de faire une liste exhaustive de toutes les adresses électroniques pour n’oublier personne lors d’envoi des vœux de la nouvelle année. De même, si nous pouvons connaître des dates de naissance, nous leur souhaitons leur anniversaire. Nous avons également un « historique des demandes de renseignements » qui nous permet de nous rappeler des premières questions qu’ils nous ont posées lors du premier contact (four à raclette, lit bébé, accessibilité…). Cela nous aide à personnaliser notre courrier et à donner l’impression à la personne qu’elle est suffisamment importante pour qu’on se souvienne d’elle.

 

Le hasard, nous a fait rencontrer une voisine allemande. Elle nous a convaincu que nous pourrions accueillir des familles d’outre-Rhin. Elle nous a aidés :

 

 - à rédiger un « contrat type » allemand,

 

 - à créer le site (http://ferienhausvogesen.jimdo.com/),

 

 - à déposer des annonces en Allemagne.

 

 - à traduire le guide du gîte et le recueil de notices de tous les appareils électriques.

 

J’ai décidé d’aller plus loin en reprenant mes cours d’apprentissage de la langue allemande ( après quarante ans d’interruption).

 

Nous pensons avoir un bon produit mais chaque arrivée de locataires remet tout en question et nous devons faire preuve d’innovation mais aussi de régularité dans la qualité d’accueil, de présentation, d’écoute et d’adaptation aux personnes que l’on reçoit. Est-ce là, la clef du succès et la trouverons-nous ?

 

Dans cette rénovation, Lydie et moi aurons occupé les fonctions d’architecte, de maître d’œuvre, de maçon, de mécanicien, de manœuvre, de plaquiste, de peintre, de décorateur et de sponsor. A présent, nous sommes maîtres d’hôtel, valets de chambre, femmes de ménage, personnel à tout faire et cuisinière à l’occasion.

 

Il paraît que la réalité est encore mieux que les photos. C’est ce que nous répètent nos locataires lors de la présentation d’arrivée. Il n’y a qu’une façon de le savoir, faire le déplacement pour vérifier par soi-même.

 

 

Bienvenue au gîte du « chêne debout sapin couché ».